Être artiste est un job à plein temps. La création artistique est un processus qui nécessite un gros travail introspectif. On ne peut créer sur ses soirées libres, ou pendant le weekend.

Partant de là, une question se pose : comment un artiste survivra-t-il ? Comment peut-il avoir accès à de la nourriture, des vêtements, un logement,… et des moyens de création artistique (instrument de musique, toiles, appareil photo, ordinateur,…) ?

Une première idée serait de le rémunérer en fonction de sa production artistique. C’est une pratique largement adoptée aujourd’hui par les chanteurs qui vendent leurs disques, les peintres qui vendent leurs toiles, les écrivains qui vendent leurs écrits,… Ainsi, on est poussé à vendre plus pour gagner plus. Or, vendre plus nécessite qu’on produise conformément au goût de la masse. Ceci conduit à une production standard, scolaire, « yet another… » qui ne choque pas. Je pense ici à Marc Levy, et aux films d’action. Or, le propre de la créativité, notamment artistique, est de percuter les dogmes de la société, de remettre en question les normes.

Vendre l’art est donc créatricide.

N’étant pas proportionnel à la vente, le financement de l’artiste est donc forfaitaire. Deux alternatives se présentent : le privé et le public.

Le financement public est soit fait par projet (on finance un projet) ou par artiste (on finance un artiste). S’agissant de bien public, la décision de financement est prise soit par des « experts » (des pairs) soit par les « détenteurs du bien » (le pouvoir public). A moins d’avoir un comité d’experts bien-veillant, ouvert à la créativité et favorable à tout choc, ce moyen de financement impose de facto une ligne éditoriale. Cette ligne peut être conservatrice, soit progressiste. Elle serait conservatrice notamment dans le cas d’une commission des pouvoirs publics, et progressiste dans le cas d’une commission d’experts. Sans condamner l’une ou l’autre, le fait est que la liberté de l’artiste en est atteinte. De plus, outre le sujet, il y a un jugement sur la forme. Que pensaient les pairs contemporains de Picasso du cubisme ? Et que pensait-on des Beatles à leurs débuts ? Qui est habilité à différentier une forme artistique révolutionnaire d’un gros-n’importe-quoi ?

Le financement public est donc très probablement non seulement créatricide pour la forme, mais aussi liberticide pour le contenu.

Le financement privé peut se faire soit par mécénat, soit un autofinancement (riche héritier,…). L’autofinancement donne le plus de liberté à l’artiste aussi bien sur la forme que le contenu. Tant qu’il a des moyens de subsister, nul ne l’empêche de faire ce que bon lui semble de son temps libre. Le mécénat quant à lui est inévitablement subjectif. Il est soit institutionnel (financement par une association, une organisation, une entreprise,…), soit personnel (financement par une personne). Le mécénat institutionnel nous ramène aux problématiques du financement public. Le mécénat personnel s’arrête quant à lui sur le goût du détenteur du capital, qui pourra soit croire en cet artiste et le financer, soit ne pas le faire.

En conclusion, du moment qu’on cherche à sortir des sentiers battus dans la création artistique, il faut être riche ou connaitre quelqu’un qui l’est… ou bien mener une vie de bohème.