Ce n’est pas une histoire de sexe #Free404

Le jugement est tombé. Lundi 13 juin 2011, l’appel interjeté par l’ATI pour la censure de l’internet a été rejeté. Depuis des voix s’élèvent aussi bien pour critiquer ce jugement que pour l’applaudir.

Personnellement, cette sentence m’indigne. D’abord parce qu’il s’agit de censure dans son sens le plus absolu. Il ne s’agit pas de défendre le porno mais de combattre la censure. En effet, censurer est fondamentalement une entrave à la liberté d’expression et à liberté d’accès à l’info (voir l’Article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme). Rappelons-nous que le régime ZABA censurait. Re-censurer, même sous ordre de justice, créera un précédant en justifiant la ré-existence de l’infrastructure nécessaire.

On a censuré aujourd’hui les sites à contenu pornographique au nom de la morale. Cette morale s’opposera-t-elle un jour aux gros mots ? Censurons dès lors les sites (et les blogs) contenant les gros mots. Partant de là, si nous censurons les images qui gênent et les mots qui gênent, qu’est-ce qui nous retient de censurer les idées qui gênent ? On serait bien là revenu dans la case départ.

Parallèlement, la pornographie est un problème. Vendre son corps (même qu’en image) est désolant. Forcer les gens à le faire est donc criminel. La problématique doit être placé au niveau émetteur et non récepteur. La Tunisie aujourd’hui n’abrite aucun (ou bien très peu) de sites pareils. C’est là que doit agir la loi. La loi doit interdire quiconque de placer du contenu illicite, nullement interdire au public de le voir. Il s’agit de responsabiliser l’expression et non l’accès à l’information.

Mais la gravité de cette censure est ailleurs. Censurer le porno n’empêche personne de le voir. Les moyens de contournement sont nombreux et faciles à utiliser (Proxys). La censure crée donc une illusion de protection, si tel est le but de l’action. Le parent, croyant être certain que ses enfants naviguent sur un internet sans danger, sera berné très facilement. De plus, les dangers de l’internet ne se résument pas à regarder des images à contenu pornographiques. Entre l’usurpation des données personnels, le détournement de mineurs, l’atteinte à la vie privée, les fausses identités,… les dangers pullulent sur la toile. Et, à moins d’interdire internet tout simplement (ce qui est un crime par rapport à l’accès au savoir), l’éducation est la seule solution.

Une lecture plus profonde du problème nous ramène à une autre problématique : est-ce le rôle de l’Etat de nous protéger ? Dans une société qui passe d’une relation gouvernant-gouverné à une relation de citoyenneté, est-il encore du rôle du Pouvoir de jouer le rôle du père protecteur ? N’est-il pas plus approprié de faire confiance à chaque citoyen de choisir son éthique et de décider ce qui est bon pour lui ? Est-il du rôle des parents de décider ce qui est bon (ou pas) pour leurs enfants ? Est-ce à eux de chercher le moyen de le faire ? Ne devrait-on pas plutôt souscrire à un filtre parental optionnel chez un fournisseur d’accès internet ou installer un logiciel de contrôle parental ?

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